FESTIVAL "SAVOIRS EN FÊTE" NATIONAL

Festival "Savoirs en fête"
un événement national initié par les Réseaux


Depuis près de 40 ans les R.E.R.S. (réseaux d'échanges réciproques de savoirs) proposent à chacun d'être partie prenante de la circulation et du partage des savoirs.
Ils font le pari que c'est une question à construire, à réfléchir ensemble, que les savoirs de tous sont des biens communs pour chacun et notre société, et qu'il n'y a pas lieu ni de hiérarchiser ni de comparer les savoirs.
Ces  réseaux et de nombreuses associations, habitants, établissements scolaires, entreprises, sont, sur tout le territoire et dans le monde, porteuses de ce projet en constante construction.
Ils proposent régulièrement et avec succès, des fêtes, qui montrent la multiplicité, la diversité et la richesse des connaissances des citoyens et des territoires.

Les savoirs, un patrimoine commun?

En 2014  le projet collectif d’un festival « Savoirs en fête » , est initié par les RERS® :

Ils proposent d'organiser un événement, une fête des savoirs qui serait un moment convivial et d’apprentissages partagés partout ,sur tous les territoires, pour :
- Rendre visible la richesse de toutes les personnes comme « porteuses » de multiples savoirs.
- Rendre visible la richesse de la société : tous les savoirs de tous sont des biens communs, notre patrimoine, sont des richesses possibles pour tous les autres.
- Affirmer que le partage réciproque de tous ces savoirs est une chance pour chaque personne et pour la société.

· Car il s’agit :
- de contribuer à montrer que notre société peut être encore davantage une société apprenante et que chaque personne peut apprendre.
- d’inviter chacun à contribuer à la circulation des savoirs : chacun peut transmettre.
- de montrer que chacun peut être acteur de cette mise en circulation ouverte des savoirs.
- d’enrichir ainsi du vivre ensemble juste, solidaire (se rendre plus solides ensembles) et digne pour tous.
- d’affirmer la richesse de la réciprocité en matière pédagogique, culturelle et politique.

Comment ? Quand ?

Le 11 octobre, un jour reconduit chaque année, pour en faire une fête nationale à l’instar de la fête de la musique, et qui pourrait s’étendre hors de nos frontières.

Une initiative partagée ?
Des fêtes des savoirs sont organisées par les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs® dans un certain nombre de villes, de quartiers, de cantons sur le territoire où ils se déploient, seuls ou avec d’autres Réseaux et avec d’autres partenaires. Ils y associent le maximum de citoyens et d’organisations : associations, institutions (écoles, lycées, CFA), chercheurs, professionnels de tous ordres (ouvriers, commerçants, employés, scientifiques, enseignants, chercheurs, etc.).
Dans les lieux publics ou semi-publics, dans les mairies, dans les écoles, chez les commerçants, dans les bibliothèques, etc.
 A l’endroit où cette fête sera organisée, ce seront les personnes concernées qui choisiront sa durée, son organisation, ses formes, bref, qui l’inventeront à leur façon.
 Avec un principe commun : chaque participant proposera de transmettre des savoirs, et d’accompagner celles et ceux qui voudront, au moins, commencer à les découvrir.
Chacun sera également invité à découvrir des savoirs des autres.

ALSACE, BOURGOGNE, CENTRE, ILE DE FRANCE, LORRAINE, MIDI PYRÉNNÉES, NORMANDIE, PAYS DE LOIRE, RHÔNE-ALPES
En 2013, avant le lancement national et sur plus de 85 lieux en France, des avant premières réussies sur tout le territoire :
Quelques exemples :
Les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs® du canton d’Agon-Coutainville (50), d’Evry (91) de Mulhouse (68), du Nivernais-Morvan (58), ont déjà mis en place des expériences pilotes.

Quelques affiches :

      

Une initiative soutenue par ?

le comité d’alliés (http://rers-asso.org/qui_allies.html) du Mouvement français des Réseaux d’échanges réciproques de savoirs® entre autres :
Edgar Morin, André de Peretti, Pierre Frackowiak, Philippe Meirieu..

Penser et projeter ?

Faire société en favorisant l’accès aux savoirs pour tous, par tous, tout au long de la vie… Penser ensemble la question des savoirs et leur circulation, parier sur un territoire apprenant est un projet à construire avec toutes les personnes intéressées, avec le plus d’organisations possibles : associations d’éducation populaire, mouvements pédagogiques, universités, établissements scolaires, administrations, entreprises……et tous les citoyens.


    le 20 septembre 2014 à Paris  lancement national du festival










Des soutiens au projet « Savoirs en fête »
Festival des savoirs partagés
Parrainé par Edgar Morin et André De Peretti

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Lancement de savoirs en fête, septembre 2014
EN COMPAGNIE ENTRE AUTRES DE HENRIANNE DE CHAPONNAY , DOMINIQUE FAUCONNIER

Pierre Frackowiak
Inspecteur honoraire de l’Education nationale
La philosophie des réseaux, l’école, l’éducation et la fête.
La refondation de l’école, et au-delà de l’école, de l’éducation globale et tout au long de la vie, sur un territoire défini, était une exigence au regard des problèmes de notre société et d’une vision démocratique et humaine du futur. Hélas, le problème du temps scolaire (et non des rythmes scolaires, formule qui n’a pas de sens) a totalement occulté la refondation. Pour beaucoup de citoyens, la refondation est faite avec la réduction de la journée scolaire et la juxtaposition étanche d’activités diverses, secondaires. On peut toujours dire que les autres problèmes qui se posent à l’école sont à l’étude : les programmes et le socle, les projets éducatifs de territoire vrais, et qu’ils seront résolus dans 2 ou 5 ans, on aura raté quelque chose de fondamental.
Dans ce contexte morose et parfois désespérant, les RERS peuvent apporter de l’oxygène pour l’action et de l’espoir pour l’engagement citoyen. Mobiliser tous les porteurs de savoirs sur un territoire, qu’ils aient un BAFA ou non, qu’ils aient bac + 0 ou bac +10, leur conférer la dignité qu’ils méritent, développer les échanges de savoirs à tous les niveaux : entre élèves, entre enseignants, entre parents, entre école et parents, entre habitants du quartier ou du village, entre les catégories sociales, entre les habitants citoyens. Les plus grands spécialistes oublient toujours que l’une des causes majeures des inégalités et de l’échec scolaire est le refus de prendre en compte les savoirs initiaux, extérieurs à l’école, comme s’ils étaient méprisables ou comme si tous les êtres étaient des tables rases, sans vécu et sans savoirs. Pour reprendre un exemple que j’utilise souvent : on impose à un enfant de CP en difficulté les pa pe pi po pu de la méthode X ou Y, quand on y ajoute pas des pictogrammes, des objets, des mimiques ou des gesticulations qui l’éloignent encore du sens, en refusant de considérer qu’il sait des choses, qu’il connaît et reconnaît des mots, qu’il y a de l’écrit chez lui, même s’il n’y pas de livres, et que ses parents ne sont pas des nuls parce qu’ils ne maîtrisent pas le langage et les codes de l’école.
La fête des savoirs peut avoir un impact important dans le développement de la culture de la connaissance. La fête de la musique dans ses meilleurs moments a fait que l’ancien mineur accordéoniste autodidacte a joué dans la rue, assis sur une chaise devant sa maison, qu’un groupe de jeunes dont l’école ignorait complètement les talents, a pu se produire au jardin public, que les musiciens traditionnels ont pu succéder à des prix de conservatoire sur les tréteaux, etc. La fête des savoirs doit montrer que tout  être humain est porteur de savoirs et peut les partager avec d’autres, les renforcer et évoluer, ou simplement exister face aux monde des experts et des savants.
La fête des savoirs trouvera sa place dans le projet éducatif de territoire si cette belle idée se concrétise, si elle n’est pas étouffée par la technocratie, les réglementations, les évaluations, les contrôles et la domination des systèmes.
Quel beau projet cette fête des savoirs qui peut redonner à l’enfant et à l’homme toute sa place dans la société, et cultiver cette belle idée qu’apprendre et partager ses savoirs peut donner du plaisir !
*****
Gaston Pineau
Professeur honoraire, Université de Tours
Chers amis,
 Super, ce projet de fêtes des savoirs. Une fête des savoirs pour construire un gai savoir, dans la dynamique des troubadours, Rabelais, Nietzsche... et en réseaux avec toutes les amoureuses et amoureux de la vie.
Je vais aider à l’implanter au Québec avec André Vidricaire et le réseau québécois
Donc bonne fête à toutes et tous.
 En admiration devant vos savoirs en actes
*****
Philippe Meirieu
 Professeur en sciences de l’éducation à l’université Lumière-Lyon 2
Les savoirs ne valent que parce que, tout à la fois, ils s’exposent et se partagent, parce qu’ils enrichissent tout autant ceux qui les transmettent que ceux qui les reçoivent, parce qu’ils créent du lien social, libèrent et unissent les humains dans une démarche joyeuse et contagieuse. Les savoirs ne valent que parce qu’ils suscitent le désir de savoir plus et mieux, parce qu’ils donnent accès au plaisir de comprendre, et nous rendent en même temps plus lucides et plus solidaires. Les savoirs, c’est la fête. Et, pour que tous ceux qui apprennent fassent de l’apprentissage une fête, participons à “Savoirs en fête”.
*****
Catherine Chabrun, militante de la pédagogie Freinet
Responsable de publication dans l’ICEM (Pédagogie Freinet)

Quand on se penche sur la définition du mot « échange », il signifie le fait de céder un bien moyennant une contrepartie. Par extension, il désigne toute circulation de matière, d’énergie, d’information… et donc toutes sortes d’interactions humaines. Il s’impose même à des situations dénuées de calcul comme les échanges d’idées, pourtant on ne perd pas une idée en la communiquant, bien au contraire elle va s’enrichir en se confrontant à celle de l’autre.
Dans l’échange économique, la compréhension mutuelle n’est pas le but de la relation, mais un moyen pour acquérir des biens. Dans l’échange de savoirs, ce qui devient essentiel, c’est l’émergence de valeurs telles que l’amitié, la confiance, la responsabilité, la justice… valeurs qui ne se quantifient pas, mais qui font lien, société et humanité.
Dans une relation d’échange de savoirs, chacun s’enrichit simultanément : le donneur s’enrichit de ce qu’il donne, le receveur s’enrichit de ce qu’il reçoit, et lorsqu’à son tour il donnera, il s’enrichira encore de ce qu’il donnera, un enrichissement perpétuel !
On se prend l’envie d’imaginer l’échange de savoirs devenir un modèle pour les relations économiques entre les hommes : la production de marchandises n’ayant plus comme objectif d’enrichir l’un au détriment d’un autre, mais de satisfaire l’un et l’autre simultanément ! Avec en plus l’enrichissement relationnel et le renforcement du lien social.
Que la Fête des savoirs puisse lancer cette dynamique d’échanges entre les humains et depuis l’enfance !
L’École pourrait s’en emparer, comme elle le fait pour d’autres fêtes.
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Laurence Baranski
Cofondatrice de interactions Transformations personnelles/Transformations sociales
La démarche des RERS, coopérative, humaine, ancrée dans la réalité de nos vies, et apprenante,  me semble incontournable et ô combien utile dans les transformations en cours.

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André De Peretti
Chercheur, écrivain, pédagogue, philosophe
Une fête des savoirs partagés. Relier fête, savoirs et partage
La première chose, c’est que vous reliez, dans votre titre même d’une « Fête des Savoirs partagés », la notion de fête (des joies, des jeux, des danses…), la notion de savoir et la notion de partage. Les savoirs, eux mêmes, ont une multiplicité de conceptions possibles et donc de partages possibles. Joie, jeux et à la fois pragmatisme, du concret : c’est la fête, c’est du vécu, ce n’est pas une abstraction. Très souvent, la tendance française est d’abstraire les savoirs au dépend de ceux qui n’ont pas (du fait de leur histoire ?) appris à abstraire. Au contraire, votre idée « juste », c’est qu’il y a une association qui apparaît de plus en plus forte entre le pragmatique, l’esthétique et l’éthique… et tout cela se met « ensemble » dans une boucle – certains parlent de « boucle étrange ». Cet ensemble correspond, d’ailleurs, à ce que Nietzsche avait appelé « Le Gai savoir». La réalité, c’est donc que « les savoirs », c’est un monde complexe dans lequel il y a à la fois des séparations, des oublis et des jonctions, des rencontres et des renouvellements. En particulier, on oublie trop souvent que le mot savoir vient du latin sapere : saveur. C’est d’abord une saveur, le concret de quelque chose que l’on apprécie. Effectivement, quand on suit une conférence ou un cours, quand ça plait, quand ça convient, quand le savoir n’est pas quelque chose qui défile à grande vitesse, c’est que l’on a pris soin de vivre ensemble la saveur, pris le temps, ensemble, justement, que ca devienne une saveur, que ça devienne quelque chose de sensible.
Le savoir, c’est une multiplicité !
Savoir, saveur et savoir : ce n’est pas simplement du savoir abstrait, c’est du savoir-faire. Trop souvent, en France, c’est le savoir abstrait qui l’emporte. Les universités enferment les étudiants dans le savoir abstrait quand il faut ensuite passer à la pratique. Par exemple, pour devenir professeur : les universités se sont arrangées pour supprimer cette formation à la pratique. Nous savons tous la complexité de l’enseignement, un professeur sérieux doit faire attention à une variété d’une vingtaine, d’une trentaine, d’enfants, de jeunes, d’adolescents, d’adultes, de jeunes adultes. Comment faire que le savoir auquel on va travailler avec eux sera aussi mobilisable en savoir-faire, en savoir-être, en savoir-devenir ? Le savoir, dans ces quatre aspects-là, on l’avait célébré au colloque d’Amiens[1] que j’avais organisé avec un professeur responsable de l’académie d’Amiens. Encore maintenant l’orientation professionnelle n’est pas prise en compte, le savoir professionnel n’est pas pris en compte. Ce qui fait que des jeunes obtiennent leur bac puis s’orientent n’importe où, dans n’importe quelle université, sur des envies ou sur la proximité, ou encore à partir des intentions familiales ; c’est effectivement une perte de temps, ils abandonnent. Ils reprennent peut être cinq ans plus tard, dix ans plus tard… mais on a perdu du temps, des moyens. Et négligé ce fait que, justement, l’évaluation doit permettre l’orientation réelle ; doit permettre d’indiquer que, dans cet endroit, on a des chances et que, si on s’intéresse à ça, attention, il faut travailler ça et ça. Abstraction, oui, et, de ce fait, ne pas tenir compte de la variétés des élèves d’une classe : chaque élève a des sentiments différents, a une famille différente, a une santé différente, a une mémoire différente... C’est le mythe identitaire : on voudrait que chaque élève apprenne la même chose que les autres, de la même manière, au même moment, quel que soit le lieu en France, et que chaque enseignant enseigne de la même manière, à tous les élèves, au même moment et de la même façon ! Ce mythe est incroyable ! Il continue à exister, il est souvent soutenu par les parents, beaucoup plus que par les enseignants qui ont plus de souplesse et plus de métier, bien sûr. Cette réduction des possibles, cette uniformisation, ce mythe identitaire, c’était le mythe nazi : tous les gens sont identiques - et les autres ne valent rien, ils sont à éliminer. C’est le système des castes qui continuent à sévir aux Indes. Ce mythe identitaire empêche de voir ce qui peut être un « plus » important pour tel élève, plus important pour tel autre… J’ai vu des organisations, dans certains établissements, permettant aux élèves d’être en classe de 6ème pour une discipline dans laquelle ils étaient débutants et en cinquième pour une discipline sur laquelle ils avaient pris de l’avance. Donc des souplesses de passage, un trajet personnalisé pour chacun, avec des organisations, des partages de rôles entre les élèves. Car on ne partage pas simplement des savoirs, mais aussi des savoir- faire, des rôles afin que chaque élève puisse sentir qu’il a quelques chose à faire pour les autres : ça le renforce, ça l’encourage. Que chaque élève sente qu’il a besoin de ses camarades, qu’en sens inverse, il va leur offrir quelque chose d’autre. Cette réciprocité, qui est au cœur de ce que vous faites, est effectivement très importante. J’aime à citer un mot de Paul CLAUDEL, mon ami Paul CLAUDEL : la connaissance, le savoir, c’est une co-naissance, ensemble. Même l’enseignant va apprendre, va découvrir...
Réunifier et relier les disciplines
On est en plein bouleversement. Au 19ème siècle, Auguste Comte, polytechnicien, a classé et séparé les disciplines en six disciplines. Ce qui fait que, quand j’ai commencé à m’occuper de la formation des personnels de l’université, je me suis trouvé devant les six disciplines des facultés de sciences, facultés de lettre, facultés de médecine, etc. Elles étaient complètement séparées les unes des autres. Cela a été une bataille pour les réunifier, après 68 par mon ami Edgar Faure, dans une loi votée à l’unanimité (phénomène français rarissime) mais elle a commencé à être appliquée dans la pagaille, chaque université voulant garder « sa » partie, la seule université plurielle a été celle d’Alsace à Strasbourg, à cause des précédents allemands où tout était organisé dans une forme de concordance. Mais en France non ! J’ai fait des formations multiples, j’ai lu des écrits, j’ai fait passé des thèses… toujours ce maintien d’une certaine dispersion, d’une certaine autonomie, d’une certaine séparation et, en même temps, des rivalités entre ces « morceaux d’universités » peu complètes. Bien sûr, cela progresse mais on en est loin d’en avoir fini. Et, surtout, on se trouve à un moment de bondissement des techno-sciences, le web de tous les cotés, des possibilités liées aux technologies informatiques… et ça va se faire sans concertations, les uns contre les autres, à la française, mais enfin, dans ces changements, dans ces réalités complexes, il y a bien un changement considérable… Mais un changement qui risque d’être raté s’il n’y a pas, justement, ce choix du partage que vous soutenez, de la réciprocité. De la réciprocité : chacun apporte quelque chose, chacun est, en effet, porteur de quelque chose. A cet égard, je suis toujours heureux d’avoir une devise familiale, de ma famille corse, qui est « Parpari referetur » : « l’égal est rendu à l’égal ». C’est-à-dire que l’on n’est ni au-dessus d’un berger ni au-dessous, ni au-dessus d’un prince ni au-dessous, ni au-dessus d’un enfant, ni au-dessous. On est, à chaque instant, à devoir se mettre à la réelle dimension de la personne, des personnes, des groupes, a fortiori de ceux avec lesquels on travaille. « Parpari referetur ». Cela me plait comme attitude de réciprocité vécue ; de partage. Mais, effectivement ; on n’est pas toujours loyal à l’égard de ses propres valeurs, on est parfois un peu trop égocentrique !
Résister
Je dirais deux choses pour finir. Mon prochain livre traite de la double hélice des civilisations. Il y a une hélice des positivités et toujours une hélice accrochée des négativités. Mais la bataille, c’est d’inverser ces négativités. La bataille, c’est d’optimiser les positivités, un militantisme reposant sur un optimisme de résistance. La résistance, phénomène important ! Lorsque, lors de la guerre de 39-45, nous avons été conduits en captivité, je n’ai pas voulu entrer au « Cercle Pétain » qui s’organisait. J’avais entendu dire que Vichy, allait empêcher qu’il y ait des syndicats. Tout de suite, en arrivant dans un des camps, après avoir fait quelques conférences et poésie malgré mon jeune âge, je me suis mis à faire une pièce dès décembre 1940. Pour justement dire qu’il n’y a qu’une seule défaite, c’est de devenir semblable à son adversaire. Donc rejet du nazisme, on n’a pas perdu la guerre, on a perdu une bataille. Optimisme de résistance. Je continue à prêcher, si j’ose dire, avec ardeur, en faveur de cet optimisme de résistance où l’on joue ensemble un air majestueux de résistance. Ma pièce a été jouée devant plusieurs milliers de camarades, elle a été emportée par l’un d’eux devenu le trésorier de la résistance et qui a pu la faire jouer à la comédie française. Son nom : « La légende du chevalier Géraud ». Ma pièce est rejouée, une année plus tard, toujours mise en scène par Julien Bertheau, jouée par des élèves d’HEC. C’était le 30 mai 1944, c’est-à-dire à six jours du débarquement. A la sortie, plusieurs jeunes ont dit « Je tenterai de rentrer dans la résistance ». J’ai su, hélas, à mon retour, que plusieurs faisaient partie des fusillés du bois de Boulogne. Vous devinez, ma tristesse. Mais, cette bataille était de garder la fierté nationale, de ne pas nous laisser abattre, de faire confiance et de savoir qu’on pourrait toucher deux millions de français prisonniers.
Revenons à « une fête des savoirs partagés »
Une fête pour rappeler qu’un enseignant partage son savoir avec des jeunes si ce n’est pas une imposition purement abstraite, purement détachée du contexte vécu du jeune, de ses problèmes, de ses aspirations possibles, de ses manières de voir l'avenir… Nous avons intérêt à faire cette fête, à célébrer que le partage, cela vaut la peine. L'enseignement est un beau métier mais très difficile et très courageux. Et que les enseignants doivent ne plus se laisser séparer les uns et des autres comme les universités le font ; comme les disciplines le sont. Penser à ce que cela veut dire, pour un jeune, à qui on demande, toutes les heures, tous les 3/4 heure, de changer de discipline, de changer d'endroit, de changer éventuellement de registres… et on veut qu'à chaque instant il soit réceptif, il soit attentif, il soit entraîné !
Quand j'avais la charge du département de recherche en psychosociologie à l'INRP[2], nous avons montré qu'on pouvait organiser le temps de façons complètements différentes. Un enseignant pouvait avoir deux jours à consacrer à ses élèves pour un enseignement long avec le temps des exercices et, pendant ce temps, ses collègues font des enseignements brefs : aller à la bibliothèque, aller voir telle chose, éventuellement aller en ville à tel musée, aller voir tel chef d'entreprise, etc., il y a de quoi faire. On l’a fait dans plusieurs centaines d'établissement et ça marchait partout. Une variété, des emplois du temps qui pouvaient changer toutes les six semaines... Par exemple, est ce que ça vaut la peine de faire faire aux élèves une heure d'arts plastiques par semaine et une heure de musique par semaine, alors qu’il vaudrait mieux faire deux heures d'arts plastiques un trimestre et deux heures de musique un autre trimestre… Eviter ce morcellement dans lequel on happe les jeunes et dans lequel, il ne peut y avoir de partage : c'est un découpage, on leur laisse à peine le temps de s'asseoir, de s'accoutumer, de se dire qu’ils sont en histoire et pof ! Ils sont en mathématiques, et pof ! Il faut aller faire du dessin,  et pof ! Il faut aller faire de la gymnastique…
Ce qu’une fête des savoirs partagés fait vivre, c’est justement une organisation éthique, un événement esthétique, une organisation pragmatique : c’est la richesse de ce que nous pouvons ensemble concevoir et pratiquer.
Claire présente à André le projet de « Savoirs en fête » porté par FORESCO et lui donne quelques exemples de fêtes réalisées. Il réagit à l’exemple de la soudure à Arpajon.
Au sujet de la soudure, je me souviens d’une action. C'était à Sèvres. Les élèves allaient assister à des démonstrations de soudure. Puis, ils revenaient au lycée. Là, leur professeur de physique leur expliquait les éléments de soudure d'un point de vue scientifique. Un professeur de philosophie leur présentait les notions de droit : les protections (les personnes qu'ils ont vu travailler portaient-elles un masque ? Quelles étaient les précautions ?, etc.). Donc, ils englobaient toute la réalité sociale du vécu professionnel, de ses conditions, de ses aspects juridiques et judiciaires, de ses aspects d’utilité… des procédures possibles. Ils voyaient, ainsi, que toute action n'est pas une action au hasard mais qu'elle est inscrite dans un partage social des savoirs dans la société.
Tout se tient de plus en plus
C'est le paradoxe. Tout devient maintenant inter-relié, interactif et, en même temps, tout tend à s'émietter. Il y a une telle puissance de création scientifique dans tous les sens, de tous les côtés (il suffit de voir ces appareils d’enregistrement, là, devant moi). Il y a une telle rapidité mais aussi un tel émiettement. Une telle séparation qu’il faut se mettre en garde. Veiller à rester dans l'interaction sociétale. Donc dans la réalité humaniste par excellence. Il y a, à la fois, de plus en plus de possibilités mais avec des inerties qui font que les séparations tendent surtout à développer les contrôles, pour conserver les pouvoirs multiples…
Claire : Votre réaction nous montre que nous pourrions aller plus loin pour dire et montrer que tous les savoirs sont d'autant plus intéressants qu’ils sont reliés entre eux.
Que dire à… ?
Que diriez-vous 1. À des jeunes, pour les inviter à participer à une fête des savoirs partagés 2. À nos concitoyens adultes 3. A des enseignants et. Aux institutions de formations que sont l'école, les universités et les associations d’éducation populaire 4. À la presse, pour que nous puissions être entendus en fonction des intérêts plus spécifiques de tous ces corps de métier ? 5. aux politiques ?
1. Aux jeunes, je leur dirais, le chant de ma jeunesse, la vie est belle, chantons amis, la vie est belle. Je fais dans quelques jours une conférence sur la guerre de 39/45 à des élèves de troisième qui m'ont demandé de venir leur parler ; Je commencerai par leur montrer qu’en 39, ce qui s'est passé, c'est il y avait un enthousiasme des jeunes, par exemple avec la jeunesse étudiante chrétienne, se dressaient en espérance. La vie est belle. C'est toujours à dire : attends, la vie est belle et les savoirs peuvent contribuer à l'embellir
2. À nos concitoyens adultes ? Je leur dirais ceci : à l'heure actuelle, nous constatons que le pouvoir réel est exercé par les médias. Nous sommes dans une médiacratie, mais hélas, ça peut être une médiocratie. Il faut faire très attention au fait que la tendance des médias, c'est d’insister sur tout ce qui ne va pas et d’omettre le positif. Il y a le négatif et il y a le positif, cette double hélice entre les positivités et les négativités. Mais ne mettre en lumière que des négativités, ce n'est pas possible. Cette soumission à la négativité qui vous est imposée, vous ne devez pas l'accepter. Vous devez protester auprès des publicitaires, protester auprès des médias, pour qu'il y ait un équilibre, pour qu'il y ait obligation à dire ce qui va bien à et à dire les choses intéressantes. Ça se fait un peu mais pas dans toutes les émissions et largement pas assez par rapport à l'énormité des difficultés, des horreurs, les attentats, les mépris sans  cesse véhiculés… L'honneur d'un informateur, c'est de savoir qu'il y a des choses qu'on ne diffuse pas. De la même manière que d'ailleurs, ça, ils le respectent, ils ne montrent pas la manière dont on coupe la tête des malheureux victimes d'un islamisme insensé et contraire à l'islam. Vous, adultes citoyens, aidez-notre société à sortir de ce mépris véhiculé par les médias, aidez à montrer tout ce qui va bien au niveau des savoir-faire, au niveau des connaissances, au niveau des compréhensions dans la société française.
3. A des enseignants ? À des enseignants, je dirais ceci : c'est votre fête ! C'est votre fête, vous faites un travail de plus en plus indispensable, de plus en plus difficile, parce que les jeunes sont de plus en plus difficiles. Je le vois avec mes plus jeunes petits-enfants : ils bougent tout le temps, ils sont mal polis quelles que soient les familles, il y a une violence chez les jeunes dès l’âge de six, sept ans. Ils regardent la télévision à longueur de journée, etc. Tout cela fait que c'est difficile. Il faut absolument honorer les enseignants. Il faut que cette fête soit en l'honneur des enseignants, en l'honneur des formateurs. Vous voulez vous adresser aux enseignants, dites-leur que leur honneur est en cause.
4. Aux politiques ? Il faut qu’on y aille ! Je crois que les politiques s'aperçoivent que, quels qu'ils soient, ils sont toujours l'objet d'autant de critiques. Mais ce n'est pas facile, notre vie politique n'a jamais été facile mais, à l'heure actuelle, c’est difficile de renforcer les débats entre les « morceaux » de la nation. Qu’il y ait des tendances différentes, oui ! Mais qu'il y ait un rejet si radical des autres points de vue, de si rares tentatives pour se mettre d'accord au bénéfice du pays, au bénéfice de la nation, au bénéfice des gens ! Répondre aux besoins des gens exige un apaisement. Que les différences existent, mais, justement la variété implique la dialogue. Qu'il y ait un esprit dialogique entre les propositions différentes. Que l’on accepte d'avoir des idées différentes d'une autre personne et réciproquement. C'est ce que TEILHARD de CHARDIN m'avait apporté : il faut cheminer avec les autres, nous disait-il, mais ne pas chercher à les posséder ou à les convertir. Chercher à les aider à monter dans leur propre valeur. Plus ils montent dans leurs valeurs, plus on va se rejoindre. Ce n'est pas une séparation, c'est au contraire en convergence. Les sciences montrent bien cette convergence qui est de plus en plus inhérente à la culture scientifique et à la culture humaniste.
5. Et aux journalistes ? Il faut leur montrer votre rayonnement mondial ; en leur disant « Nous avons commencé notre action d'échanges réciproques de savoirs dans la région parisienne. Maintenant, c'est diffusé à l'échelle mondiale. Il est important qu’un tel développement puisse être, justement, compris en France d'où il est parti.
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Anne Vinérier
Fondatrice de la « Chaine des savoirs », militante et professionnelle de la lutte contre l’illettrisme
Une fête annuelle des savoirs partagés ?
Quelle belle idée pour dire oui au savoir pour tous et avec tous ! Cette idée me séduit car elle est porteuse d’une autre conception du savoir dans ce monde marqué par la compétition.
Savoirs partagés… c'est-à-dire savoirs reconnus sans hiérarchie dans les savoirs, sans hiérarchie entre les porteurs  de savoirs.
Savoirs partagés… c'est-à-dire savoirs qui s’échangent  et qui créent de la relation, élément essentiel à la construction de soi et à la construction du monde.
Savoirs partagés… c'est-à-dire savoirs qui développent un monde solidaire.
Une fête annuelle ?
Ce serait l’occasion de souligner que les savoirs s’acquièrent et se construisent ensemble, que la fête –et avec elle, la convivialité- sont  des éléments essentiels  dans la construction et la reconnaissance des savoirs.
Ce serait aussi l’occasion de dire publiquement  qu’il est de la responsabilité de chacun de favoriser l’accès aux savoirs et je pense particulièrement aux personnes qui n’ont pas pu accéder aux savoirs de base que sont la lecture, l’écrit et le calcul dans une société de l’écrit.
Ce serait l’occasion de rappeler quelques messages  à ceux que nous avons élus pour nous représenter : que cette philosophie du partage des savoirs se décline dans l’organisation sociale et politique ; que  les élus soutiennent de manière effective les citoyens qui s’engagent dans la dynamique des savoirs partagés.
L’idée d’une fête annuelle serait aussi une manière de dire que notre société a besoin  de sens et partager son savoir donne du sens autant à celui qui donne qu’à celui qui reçoit.
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Dominique Fauconnier
Consultant. Fondateur de l’Atelier des Métiers
Les Réseaux d'Échanges Réciproques de Savoirs sont basés sur une dissociation entre l'offre et la demande. Du coup, ce qui compte, lorsque je donne et lorsque je reçois, c'est plus la personne à qui je donne quelque chose, ici un savoir, ou de qui j'accepte un don que "l'objet" donné ou reçu lui-même. Cette simple règle a l'immense avantage de placer les savoirs des uns et des autres a priori au même niveau et d'en permettre la circulation et les transformations tout en tissant et retissant des liens entre les personnes qui les pratiquent. Partout où j'ai rencontré des personnes pratiquant – oui, il s'agit bien ici d'une pratique – les échanges réciproques de savoirs, j'ai perçu le plaisir de vivre en société. A une époque où chacun va disant que nous nous individualiserions, je trouve que ce n'est pas rien.
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 Philippe Carré
Professeur, Université Paris Ouest Nanterre
Chers amis,
Quel plaisir de constater que le réseau fonctionne et se développe en cette période un peu trouble où, hormis les problématiques de l’emploi et du travail, il reste bien peu de place pour ce qui a été en d’autres temps qualifié d’éducation populaire et de développement culturel. Bravo pour la fête des savoirs, et merci pour votre ténacité. Nous nous ferons l’écho, au sein de notre équipe de recherche “Apprenance et formation” (28 doctorants et 5 directeurs de thèse) de cette initiative à laquelle il serait sans doute possible, avec d’autres, de contribuer au plan universitaire si nécessaire. Un grand colloque sur le devenir de l’éducation populaire dans les années à venir ?

Claire et Marc Héber-Suffrin
Cofondateurs des Réseaux d’échanges réciproques de savoirs
Qui voulons-nous fêter ? Que voulons-nous fêter ?
Tous ces humains, femmes, hommes, jeunes, enfants qui, par leur vie quotidienne, leurs expériences, leurs apprentissages, leurs recherches, leurs transmissions, leurs questions, leurs courages…  ont construit une richesse insoupçonnée, insoupçonnable en connaissances, en savoir-faire, en savoir-être, cette richesse qui fait la société dans laquelle nous vivons, cette société qui ne sait pas assez les reconnaitre tous, ces savoirs reçus, comme incomparables, uniques, essentiels pour continuer à une vie ensemble digne pour tous.
Toutes ces belles relations de bienveillance, de confiance, d’ouverture à des autruis différents, singuliers, ces belles relations qui ont motivé à apprendre, invité à apprendre, accompagné des apprentissages, apporté les reconnaissances nécessaires pour que des humains se construisent, se forment…
Tous ces chemins (démarches, parcours, méthodes, allers et retours, tâtonnements…) innombrables, divers, intelligents… tous ces chemins d’apprentissages qui, mieux connus et mieux reconnus pourraient davantage signifier à tout un chacun qu’il a à chercher ses propres chemins, ses chemins singuliers d’apprentissages en s’inspirant de ceux des autres, en sachant pouvoir compter sur les autres, comme d’autres pourront compter sur lui.
Toutes ces joies d’apprendre, ces désirs d’apprendre, ces plaisirs d’apprendre : partager l’expérience de ces diverses formes de joie, la joie émerveillé de voir autrui comprendre, de se voir réussir la transmission d’un savoir, de célébrer l’égalité des intelligences. Nous constater aptes à réussir des apprentissages, à les réussir dans la coopération, dans la réciprocité. Nous constater porteurs de la joie de savoir et de la possibilité de partager cette joie. Aucune fête n’est possible si l’expression de la joie n’est pas sollicitée, encouragée…
De quoi voulons-nous témoigner ? Que voulons-nous dire pour le présent et de notre présent ?
Que tous les humains, s’ils sont humains les uns avec les autres (et ceci avec tous), sont essentiels par leurs savoirs.
Que le savoir n’est humain que s’il est partagé, s’il entre dans un mouvement de réciprocité, qu’il crée des égalités plutôt que des dominations, s’il donne de la fierté plutôt que de casser par des humiliations… s’il entre dans un mouvement entre nous où chacun donne et reçoit…
Que les savoirs (évidemment seulement ceux qui respectent les humains et la paix entre les humains) sont, par principe des biens communs, de « droit » pour tous : que nous les avons reçus (et bien sûr construits en nous : c’est « apprendre ») et que nous en sommes redevables à ceux qui nous ont précédés comme à ceux qui nous suivent. Que des pratiques comme les nôtres (ou d’autres) le créent « en réalité » (font d’un principe une réalité vécue) des biens communs de droit pour tout un chacun : tout le monde a droit à la philosophie, à des connaissances en histoire ou en sociologie, à des savoir-faire en aquarelle ou en musique…
Que chaque apprentissage est une aventure d’humanité, d’humanisation possible, singulière et relationnelle. Que les belles relations sont une école.
Que la coopération entre personnes nécessite elle-même des apprentissages persévérants. Que la coopération entre collectifs doit, elle aussi, être apprise. Que la coopération aide à entrer dans une démarche de « mouvement » sur la logique de mise en réseaux de pratiques concrètes, locales et reliées.
Quelle société voulons-nous construire en « réclamant » une fête annuelle des savoirs partagés ?
Une société apprenante : les savoirs de tous, par tous, pour tous…
Une société où le don réciproque, le don par chacun de ses savoirs signifie quelque chose en termes d’espérance, d’amitié, de convivialité, d’humanité.
Une société qui lie fortement responsabilités (qu’elles soient politiques, institutionnelles, professionnelles, éducatives…) et apprentissages réciproques.
Une société apprenante peut aussi permettre à ses membres d’apprendre la responsabilité de construire le peuple démocrate et d’apprendre à participer au processus individuel et collectif d’humanisation dès lors qu’aucun d’entre nous n’est à l’abri de l’expression de sa part de barbarie. Par ses savoirs et ses apprentissages, tout un chacun doit pouvoir participer, être invité, co-construire la société : il exerce alors son droit et/ou son devoir d’apporter sa contribution positive au bien commun : et là, nul ne doit manquer !
Avec qui voulons-nous la faire ?
Une fête des savoirs partagés nous conduira à réclamer les contributions articulées de tous les acteurs de l’éducation, de l’instruction, de la socialisation et de la formation professionnelle.
Les professionnels de l’éducation sont plusieurs millions dans ce pays, Richesse que l’on ne peut évaluer ! Ils pourraient inviter, et accompagner tous les élèves, les étudiants et les adultes en formation à partager cette fête ; à célébrer ensemble le partage des savoirs.
L’éducation populaire et ses acteurs, soucieux à la fois des processus de solidarisation, de démocratisation et de la nécessité des apprentissages peuvent se faire un vecteur essentiel de cette fête et développer ainsi ses nécessaires coopérations avec les institutions de formation.
Notre société est hétérogène. Faire ainsi ensemble de cette hétérogénéité une chance pour chacun ! Ne jamais oublier que « le multiple est le possible même » (Michel Serres, Genèse) : quel possible ? : que nous puissions ensemble créer cette société que nous appelons par nos pratiques quotidiennes, une société où chacun peut se créer lui-même, être créateur (seul ou avec d’autres : des créations artistiques, intellectuelles, associatives…) et contribuer à créer notre société.


 





[1] Précédant de près de deux mois les événements de mai 68, les travaux du colloque d’Amiens éclairent d’un jour nouveau les changements pédagogiques envisagés dans la lignée des grandes réformes structurelles gaulliennes des années 1960. L’appui officiel à des propositions inspirées de l’Éducation nouvelle et leur concrétisation partielle sous les ministères Faure et Guichard soulignent un climat décisionnel plus contrasté qu’on ne l’a longtemps cru.
[2] Institut national de la recherche pédagogique.